Au terme de la mission de suivi menée du 19 août au 1ᵉʳ septembre 2026 par l'équipe du Fonds monétaire international (Fmi) dirigée par Mercedes Vera Martin, le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, annonce d'un programme d'accompagnement de 2,2 milliards de dollars (1243 milliards de Fcfa), la rationalisation des subventions énergétiques, le poids du service de la dette et de nouvelles mesures sociales, l'argentier de l'État a dévoilé les arbitrages financiers décisifs du gouvernement pour la période 2026-2029.
C'est avec satisfaction que le ministre a officialisé la conclusion des discussions techniques avec les équipes du Fmi : «Je suis très heureux de vous annoncer qu'après d'intenses négociations, les services du Fmi et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord au niveau des services sur un programme de 36 mois. Cette reprise du partenariat et la conclusion de cet accord technique sur un programme de 2,2 milliards de dollars (ndlr : 1243 milliards de francs Cfa) témoignent de la confiance renouvelée des institutions internationales envers les réformes engagées par le Sénégal».
Cependant, Cheikh Diba a rappelé que cet appui financier reste soumis aux exigences de performance interne et à la souveraineté économique nationale : «Ce programme n'est pas un chèque en blanc : il est adossé à une rigueur renforcée dans la gestion de nos ressources et à l'exécution de réformes axées sur la performance, la transparence et la souveraineté économique».
Le ministre y voit l'amorce d'«une nouvelle dynamique dans le cadre du redressement, la relance et le développement». Selon lui, le gouvernement ambitionne de rétablir les équilibres budgétaires et d'améliorer la croissance «sans bouleverser ses fondements».
«65% des subventions bénéficient aux 20% les plus aisés»
Au chapitre des dépenses publiques, le ministre annonce un recadrage immédiat vers les ménages à faibles revenus : «65% des subventions sont alloués aux 20% des plus aisés. Le gouvernement trouve inéquitables les subventions dont bénéficient les plus riches et veut procéder à un ciblage pour rééquilibrer le tissu social.»
25% des recettes de l'État réservés au paiement des intérêts en 2026
Dressant le bilan des contraintes de trésorerie de l'État, Cheikh Diba a souligné le fardeau que représente le service de la dette publique sur les recettes nationales : «En 2026, 25% des recettes de l'État seront consacrés uniquement au paiement des intérêts de la dette». Tout en écartant les scénarios de restructuration brutale, il prône une maîtrise interne des déficits et de la dépense publique : «nous sommes dans une situation difficile, mais nous avons les moyens de la gérer». Et d’ajouter : «grâce aux réformes engagées, le déficit budgétaire sera ramené à 7,8% en 2025, et stabilisé à 5,37% en 2026. Cette trajectoire nous permettra d'atteindre, dès 2027, l'objectif des 3 % fixé par l'Uemoa.»
Un plan de traitement de la dette et de nouveaux soutiens sociaux
Le ministre a par ailleurs confirmé le lancement du Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds), qui doit accompagner la stratégie de gestion active de la dette publique engagée par les autorités.
Sur le volet social, Cheikh Diba a également annoncé le paiement des bourses de sécurité familiale avant la fin du mois de septembre 2026, ainsi que le doublement de leur enveloppe globale, appelée à passer de 70 à 140 milliards de F Cfa à partir de 2027.
Le ministre a en outre évoqué la poursuite de la mise en œuvre du Code des investissements, entré en vigueur en février 2026, ainsi que la révision de la loi sur les partenariats public-privé, dans le cadre du soutien accru attendu au secteur privé.
300 milliards de F Cfa pour apurer les dettes de l'État envers les entreprises
Dans le cadre des premières mesures accompagnant le Ptds, le gouvernement a décidé de soulager le secteur privé d'ici la fin de l'année. «Le gouvernement accélérera notamment l'apurement de ses obligations envers le secteur privé. Sur le reste de l'année, une enveloppe de 300 milliards de francs Cfa est consacrée au règlement des créances dues aux entreprises », a déclaré le ministre.
Pour Cheikh Diba, l'accord technique conclu avec le Fmi doit permettre de dégager les ressources nécessaires pour honorer ces engagements. «Avec les financements qui sont attendus après l'accord conclu aujourd'hui, le Trésor sera en mesure de payer ces entreprises qui ont longtemps attendu», promet-il.
«Les recrutements désormais encadrés par des plafonds par ministère»
Pour concrétiser ces engagements et préserver l'orientation sociale du budget, la digitalisation et l'encadrement des effectifs de la fonction publique deviennent incontournables : «la maîtrise de la masse salariale demeure une priorité. Par conséquent, les recrutements seront désormais encadrés par des plafonds par ministère. De même, la digitalisation de tout le processus permettra de suivre les effectifs en temps réel ; l'objectif étant de stabiliser la masse salariale autour de 35% des recettes fiscales. »
Samba THIAM