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Afrique de l'Ouest : les grands écarts de gouvernance en dix ans, selon la Fondation Mo Ibrahim



En Afrique de l'Ouest, les progrès économiques et sociaux de certains pays contrastent avec les reculs enregistrés ailleurs en matière de sécurité et de libertés. Mais les différences ne se limitent pas aux frontières : au sein d'un même pays, les performances peuvent aussi évoluer dans des directions opposées.

L’Afrique de l’Ouest a connu des trajectoires de gouvernance très contrastées entre 2016 et 2025, selon l’édition 2026 de l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG), publiée samedi 31 octobre par la Fondation Mo Ibrahim. Le Nigeria est le seul pays africain à avoir reculé dans les quatre dimensions évaluées. De l’autre côté de sa frontière occidentale, le Bénin affiche pourtant la plus forte progression du continent en matière d’opportunités économiques sur la même période.

Le rapport couvre 54 pays africains et retrace les évolutions enregistrées entre 2016 et 2025 dans quatre domaines : sécurité et État de droit, participation, droits et inclusion, Fondements des opportunités économiques et développement humain. À l'échelle du continent, le score moyen n'a progressé que de 0,8 point en dix ans, à 50,1 sur 100. Derrière cette quasi-stagnation, les trajectoires nationales et les performances dans les différents domaines sont loin d'être uniformes.

Sécurité et libertés : des trajectoires opposées

Le Burkina Faso illustre l'ampleur des reculs enregistrés dans le domaine sécuritaire. Son score en sécurité et sûreté a chuté de 26,1 points depuis 2016. La détérioration touche aussi la participation politique, en baisse de 38 points, le plus fort recul du continent dans cette catégorie. Le Mali suit une trajectoire comparable sur ce dernier indicateur, avec une perte de 33,2 points.

À plusieurs milliers de kilomètres à l'ouest, la Gambie présente un tout autre bilan. Son score dans le domaine des droits a progressé de 15,9 points, tandis que celui du Burkina Faso reculait de 20 points. Les avancées gambiennes concernent surtout les libertés des médias et les libertés numériques, dans une période marquée par le départ de Yahya Jammeh en janvier 2017. Au total, la Gambie gagne 6,9 points en gouvernance globale sur la décennie. Le Burkina Faso en perd exactement autant.

Le Nigeria, lui, se distingue par l'étendue de la détérioration. Son score global recule de 5,2 points, avec une baisse de 11,2 points en sécurité et État de droit. Mais les difficultés ne s'arrêtent pas là : les opportunités économiques et le développement humain figurent également parmi les domaines en recul.

Économie et développement humain : des progrès très inégaux

Le contraste entre le Nigeria et le Bénin est particulièrement marqué sur le terrain économique. Alors que le premier perd 4,2 points dans les fondements des opportunités économiques, soit la plus forte détérioration du continent, son voisin gagne 12,3 points, la meilleure progression africaine. Au Bénin, ces résultats reposent principalement sur les améliorations enregistrées dans les infrastructures et l'administration publique.

La Côte d'Ivoire affiche également des progrès dans la gouvernance économique. Son score en mobilisation fiscale augmente de 13,9 points, traduisant une amélioration de ses performances dans la collecte des recettes publiques.

Les évolutions sociales réservent d'autres contrastes. La Côte d'Ivoire et le Togo sont les deux seuls pays africains à progresser dans les six indicateurs de protection sociale et de bien-être. Leurs scores augmentent respectivement de 9,5 et 8,5 points, contre 1,9 point en moyenne continentale. Les avancées ivoiriennes concernent surtout les dispositifs de protection sociale et les politiques de lutte contre la pauvreté. Au Togo, elles portent davantage sur les conditions de vie et la sécurité alimentaire.

Mais progresser dans un domaine ne signifie pas avancer partout. Le Bénin en offre une illustration : malgré ses performances économiques, il perd 5,7 points en participation, droits et inclusion, dont 18,6 points pour la seule participation politique. Les écarts ne séparent donc pas uniquement les pays entre eux. Ils traversent aussi leurs propres bilans de gouvernance.

Des écarts dans une région toujours interdépendante

Ces trajectoires différentes se dessinent dans une région où les défis dépassent les frontières nationales. L'insécurité, principalement concentrée dans les foyers sahéliens et au Nigeria, touche également des pays côtiers. Selon le Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest de l'OCDE, 13 % des zones nouvellement affectées par des conflits en Afrique du Nord et de l'Ouest en 2024 et 2025 se trouvent au Bénin, en Côte d'Ivoire, au Ghana, en Guinée et au Togo. Les progrès relevés dans certains domaines économiques ou sociaux coexistent donc avec des risques sécuritaires persistants.

L'économie régionale continue pourtant de croître. Selon les Perspectives économiques régionales 2026 de la Banque africaine de développement, présentées en août, la croissance de l'Afrique de l'Ouest devrait atteindre 4,6 % en 2026, après 4,8 % en 2025. L'institution souligne néanmoins le poids de l'insécurité, de la dette et des difficultés de financement. La croissance économique et les scores de gouvernance ne mesurent pas les mêmes réalités et peuvent évoluer dans des directions différentes.

À ces défis s'ajoute la recomposition des relations régionales. Depuis le 29 janvier 2025, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ne sont plus membres de la CEDEAO. Ils restent toutefois dans l'Union monétaire ouest-africaine, tandis que la CEDEAO a demandé le maintien, jusqu'à nouvel ordre, de certaines facilités de circulation et de commerce avec ces trois États. Les liens économiques et institutionnels entre ces pays n'ont donc pas disparu avec leur retrait de l'organisation régionale.

ecofine


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