AVORTEMENT CLANDESTIN : Abdoulaye Sow, infirmier qui se faisait passer pour un médecin et qui consultait à domicile, réduit à néant l’espoir d’un couple




 
 
Abdoulaye Sow, infirmier à l'hôpital polyclinique de Dakar, accusé d'avoir fait avorter clandestinement une dame, risque 1 an de prison ferme et une amende de 1 million de F. Il a été jugé hier, jeudi 5 février 2026, devant le tribunal correctionnel de Dakar pour avortement clandestin, usurpation de fonction et escroquerie.
 
 
 
 
En détention provisoire depuis 20 mois, Abdoulaye Sow, infirmier à l'hôpital polyclinique de Dakar, risque 1 an d'emprisonnement ferme et une amende de 1 million de francs si le juge du tribunal correctionnel de Dakar suit le procureur dans ses réquisitions. Il est attrait devant cette barre par le couple Mamadou Ba/Rocky Sow, qui lui impute des faits d'exercice illégal de la profession réglementaire de médecin, d'avortement clandestin, d'usurpation de fonction et d'escroquerie. Il été placé sous mandat de dépôt le 30 mai 2024.
Tout est parti de la plainte déposée à la brigade de Dakar par le couple pour des faits d'avortement clandestin. Face aux enquêteurs, ces conjoints avaient déclaré avoir connu le prévenu en 2019 par le biais d'une cousine, infirmière. Ainsi, l'époux de la dame, Mamadou Ba, a déclaré que lorsqu'ils se sont mariés en septembre 2023, ils n'arrivaient pas à procréer. Et puis 4 mois après leur union, ils sont allés voir Abdoulaye Sow qui a demandé à Rocky Sow de faire des analyses après avoir fini de la consulter. L'infirmier avait aussi demandé à l'époux de faire un spermogramme qui a révélé que ce dernier souffrait d'une varicocèle. Après une intervention chirurgicale d'un coût de 600.000 F, il s’est complétement rétabli. Et, heureuse nouvelle, sa femme a finalement contracté une grossesse. Ensemble, le couple se rend au domicile du mis en cause pour le remercier pour ce qu'il a eu faire pour eux.
 
 
L’acte de trop du faux médecin
 
 
Abdoulaye Sow, ne croyant pas à la nouvelle, leur a demandé d'acheter un test de grossesse pour voir. Et celui-ci s'est révélé positif. Malgré cela, il a émis des réserves sur la grossesse. De ce fait, l'infirmier a demandé au mari de Rocky Sow d'aller acheter un spéculum qu'il a introduit dans le sexe de celle-ci, provoquant ainsi son avortement.
Contestant les faits depuis l'enquête préliminaire jusqu'à la barre du tribunal, Abdoulaye Sow a dit ne jamais s'être présenté comme un gynécologue-obstétricien auprès des parties. Sur l'usurpation de fonction, ce père de famille a certes dit qu'on l'appelait docteur dans son quartier, mais cela ne faisait pas de lui un médecin. Malheureusement, cette thèse a été rejetée par le juge qui lui a confirmé que lorsque les enquêteurs sont venus chez lui pour procéder à son interpellation, il avait brandi une carte professionnelle de médecin. Mieux encore, il s'était présenté à eux comme médecin. Lui emboîtant le pas, le procureur a révélé que la copine de Abdoulaye Sow, Binta Diop, qui l'avait accusé de viol et qui s'est désistée au cours de l'enquête, avait dit, lors d’une audition, qu'il consultait chez lui.
 
Abdoulaye Sow : «mon intention n'a jamais été de provoquer son avortement»
 
Pour les faits d'avortement, Abdoulaye Sow a reconnu avoir commis une erreur. "Quand ils sont venus m'annoncer la nouvelle de la grossesse, elle saignait beaucoup. J'ai juste nettoyé son sexe avant de les envoyer à l'hôpital Annette Mbaye. C'était juste pour arrêter les saignements que j'ai utilisé ce spéculum, mais je n'ai jamais expulsé son fœtus. Mon intention n'a jamais été de provoquer son avortement", a-t-il expliqué.
L'infirmier a aussi nié les faits d'escroquerie portant sur la somme de 621.000 F Cfa, en précisant que Mamadou Ba les a remis à l'hôpital où il suivait son traitement.
Rocky Sow, la victime, a révélé que lorsque l'hôpital Mamadou Diop lui a annoncé qu'elle était en état de grossesse de 3 mois 2 semaines, elle s'est rendue auprès d'Abdoulaye Sow. La jeune dame est revenue sur cette expérience douloureuse qui a emporté son bébé. "Après m'avoir consultée, il a demandé à mon époux d'acheter une piqûre qui coûtait 100.000 F Cfa et une autre de 80.000 F Cfa. Par la suite, il a introduit le spéculum dans mon vagin parce que, disait-il, j'avais une grossesse extra-utérine. S'ensuit un autre appareil pour aspirer le fœtus. C'est après cette séance que je suis tombée dans les vapes ".
 
 
Mamadou Ba, époux de Rocky Sow, pleure comme une madeleine la perte de son enfant
 
 
Mamadou Ba, époux de Rocky Sow, a enfoncé le prévenu. "Il s'est présenté à nous en qualité de gynécologue. Je croyais avoir affaire à un médecin. Après mon opération chirurgicale, il m'avait dit qu'il pouvait assurer mes soins. Il m'a demandé d'acheter deux injections dont chacune coûtait 300.000F", a-t-il déclaré. Sur l'avortement, le mari soutient : "il a par ailleurs fait avorter ma femme qui était enceinte de 3 mois. Quand je suis arrivé pour la voir, j'ai trouvé ma femme couchée sur le ventre. Sur place, j'ai trouvé l'infirmier Abdoulaye Sow en train de fumer tranquillement sa cigarette". Mamadou Ba finit par craquer et pleurer.
Pour le réconforter, le juge lui lance : "tu es un homme, il faut tenir". Il continue son récit puis lâche : "il m'a regardé puis m'a froidement dit que "affaire bi yaq naako", (j'ai enlevé le fœtus)’’. Le mari s'est remis à pleurer jusqu'à ce que le tribunal lui ordonne de s'asseoir.
Faisant ses réquisitions, le procureur a requis une peine de prison de 1 an ferme assortie d'une amende de 1 million contre Abdoulaye Sow, puisqu'il estime que les faits qui lui sont imputés sont établis, excepté l'escroquerie. Le Parquet a d'autre part demandé au tribunal de disqualifier les faits d'avortement en mise en danger de la vie d’autrui si jamais il estime que cette infraction n'est pas établie.
La défense, assurée par Me Moussa Konaté, a indiqué que le tribunal ne peut pas avec certitude soutenir que c'est le spéculum que son client a introduit dans les parties intimes de la dame qui ont provoqué l'interruption de sa grossesse. La robe noire a d'autre part affirmé qu'il n'est pas rapporté la preuve qu'il a agi dans le seul but de la faire avorter. Il a plaidé sa relaxe avant que le tribunal ne fixe le délibéré pour le 5 mars 2026.
 
Fatou D. DIONE
 
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