AUDIT DU PROGRAMME GOUVERNEMENTAL : UN BILAN SÉVÈRE APRÈS 24 MOIS 0% de réussite totale, contre 67% d'actions non faites et 33% de chantiers en retard




 
Deux ans après le lancement des grandes réformes promises, l'heure est au bilan pour l'exécutif. Un récent audit indépendant, dont les conclusions ont été partagées par le Fact Checkeur Momar Assane, dresse un constat particulièrement sombre sur l'état d'avancement des chantiers institutionnels et judiciaires. Avec un taux de réalisation totale bloqué à 0%, le curseur de la rupture semble à l'arrêt en attendant le bilan annoncé du Premier ministre Ousmane Sonko.
 
 
Le tableau d'évaluation qui circule actuellement dans les milieux politiques sénégalais fait l'effet d'une douche froide. Sur la période allant d'avril 2024 à mai 2026, l'audit examine 18 actions prioritaires censées refonder l'État. Le verdict global est sans appel : deux tiers des engagements ne sont pas tenus et le tiers restant accuse des retards préoccupants.
 
Le blocage des réformes institutionnelles
 
L’axe dédié aux institutions, qui devait consacrer le renforcement de la démocratie, se heurte à une inertie flagrante. Sur les huit actions stratégiques identifiées, la moitié est classée dans la catégorie «Non Fait». Les promesses emblématiques telles que la réduction des pouvoirs du président de la République ou l’instauration de sa responsabilité pénale et de sa révocabilité sont restées lettre morte.
De même, la suppression du poste de Premier ministre et la création d’une vice-présidence élue en tandem n'ont connu aucun début d'exécution. Quant aux dossiers relatifs à la transparence électorale, notamment la mise en place d'une Ceni et l’audit du fichier, ils sont certes mentionnés comme étant en cours, mais avec des délais largement dépassés qui interrogent sur la volonté réelle d'aboutir.
 
 Une justice toujours en attente de sa mue
 
Le secteur de la Justice affiche un bilan encore plus lourd avec 80% de projets non réalisés. L'ambition de garantir l'indépendance du parquet et de réformer le Conseil supérieur de la magistrature semble s'être évaporée. Les réformes structurelles du Code pénal et du Code de procédure pénale, pourtant piliers de la modernisation judiciaire, figurent toujours sur la liste des échecs temporaires.
Seules deux initiatives, la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle et la digitalisation de l’état civil, montrent des signes de mouvement. Toutefois, ces avancées sont timides et marquées par des lenteurs administratives qui pénalisent directement le citoyen.
 
 L’urgence d’un nouveau souffle
 
Au total, l'audit révèle qu'aucune des 18 actions programmées n'a été finalisée à ce jour. Le résumé global affiche un 0% de réussite totale, contre 67% d'actions non faites et 33% de chantiers en retard. Cette situation pose la question de la capacité de l'appareil d'État à transformer les promesses de campagne en politiques publiques concrètes.
L’enjeu de cet audit dépasse la simple statistique : il s'agit de la crédibilité de la parole publique et de l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Alors que le pays entre dans une phase charnière de son calendrier politique, l'exécutif se retrouve face à l'urgence de produire des résultats tangibles pour éviter que l'espoir de changement ne se transforme définitivement en désillusion.
 
Samba THIAM
 
 
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