ANTA BABACAR NGOM SE DÉVOILE : «Nous sommes dans l’opposition. Mais nous ne sommes pas dans l’opposition au Sénégal»




 
 
À l’occasion du troisième anniversaire de l’Alternative pour la relève citoyenne (Arc), Anta Babacar Ngom a voulu marquer le coup. L’assemblée générale de son parti a été consacrée à l’installation des nouvelles instances dirigeantes, à l’inauguration du nouveau siège national de la formation et à la célébration de trois années d’existence. Dans un discours aux accents programmatiques, la présidente de l’Arc a affiché une ambition assumée : faire de son parti la première force politique du Sénégal, tout en défendant une opposition « au service du Sénégal » et une conception fondée sur la production, l’industrialisation, le mérite et la bonne gouvernance.
 
 
 
 
 
 
La cérémonie a d’abord été l’occasion pour Anta Babacar Ngom de délivrer un message de fraternité à l’endroit des représentants des autres formations politiques présents à l’assemblée générale.
Dans un contexte politique sénégalais marqué par de fortes tensions et des affrontements parfois virulents entre camps, la présidente de l’ARC a défendu une autre conception du débat public. « Nous pouvons appartenir à des partis différents sans appartenir à des Sénégal différents », a-t-elle déclaré.
Pour elle, la compétition politique ne devrait pas transformer les adversaires en ennemis. Les divergences peuvent être assumées, les débats peuvent être vigoureux et les élections disputées, mais la fraternité nationale doit demeurer au-dessus des appartenances partisanes. « La politique ne devrait jamais nous faire oublier que nous partageons une patrie », a-t-elle insisté, appelant à ne pas laisser « l’insulte remplacer l’argument, la violence remplacer le débat, la haine remplacer la conviction ».
Anta Babacar Ngom entend ainsi inscrire son parti dans une logique de rassemblement. Lorsque l’intérêt supérieur du Sénégal est en jeu, estime-t-elle, les couleurs partisanes doivent pouvoir s’effacer devant celles de la Nation. « Le Sénégal est plus grand que chacun de nos partis. Plus grand que chacune de nos ambitions. Plus grand que chacun de nos destins », a-t-elle martelé.
 
 
 
« Arc doit rester une maison de paix »
 
 
 
La présidente de l’Arc a consacré une partie importante de son discours à la vie interne de sa formation. Elle veut faire de son parti « une maison de paix », de dignité et de responsabilité.
Les désaccords, selon elle, sont naturels dans toute organisation. Les compétitions internes peuvent même être nécessaires. Mais elles doivent être encadrées par le dialogue et le respect des décisions collectives. « Dans le désaccord, choisissez le dialogue. Dans la tension, choisissez la retenue. Dans l’épreuve, choisissez la fraternité », a-t-elle recommandé.
Un impératif qui prend, à ses yeux, une dimension stratégique. « Nous ne pourrons rassembler demain le Sénégal si nous ne savons pas rester unis aujourd’hui », a-t-elle soutenu.
Le message le plus politique du discours est sans doute celui-ci. Anta Babacar Ngom ne veut plus seulement consolider l’existence de son parti. Elle veut désormais changer d’échelle. « Notre objectif n’est ni plus ni moins que de faire de Arc le premier parti politique du Sénégal. Oui. Le premier ! », a-t-elle lancé devant ses militants.
 
 
 
Les « Arc Academies » pour préparer le parti au pouvoir
 
 
 
La présidente de l’Arc veut également faire de sa formation un parti capable de gouverner. Pour cela, elle annonce la création des « Arc Academies », des universités internes destinées à former les responsables du parti.
Les formations porteront notamment sur l’État, les collectivités territoriales, l’économie, les finances publiques, les politiques sociales, l’énergie, le numérique et les grandes transformations internationales.
Anta Babacar Ngom entend ainsi rompre avec une conception de la politique fondée essentiellement sur les slogans. « Le Sénégal ne se gouvernera ni par des slogans ni avec les recettes à la poudre de perlimpinpin », a-t-elle lancé, défendant à la place « la compétence, l’anticipation et le courage de transformer ».
 
 
 
Un programme économique centré sur la production et l’industrialisation
 
 
 
Au-delà de la stratégie partisane, le discours d’Anta Babacar Ngom s’est transformé en véritable déclaration de politique économique. La présidente de l’Arc part d’un constat : le Sénégal doit produire davantage, transformer davantage et créer davantage de valeur sur son territoire. Elle défend ainsi une conception d’un « État fort », mais qui ne cherche pas à tout faire. « Je ne confonds pas État fort et État qui veut tout faire », a-t-elle expliqué.
L’État, selon elle, doit se concentrer sur ses missions essentielles : sécurité, justice, infrastructures, éducation, protection des plus vulnérables, régulation, garantie de la concurrence et création d’un environnement favorable à l’investissement et à l’entrepreneuriat.
Sa formule est claire : « Il nous faut moins d’État pour libérer le génie créateur. Plus d’État pour le protéger et un meilleur État partout pour la prospérité nationale. » Cette conception accorde une place centrale au secteur privé. Forte de son expérience d’entrepreneure, Anta Babacar Ngom affirme connaître les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises et les entrepreneurs. Pour elle, « l’État crée le cadre » tandis que « le secteur privé crée la valeur ».
 
 
 
Agriculture, pêche, tourisme et artisanat au cœur du projet
 
 
 
L’Arc veut notamment transformer l’agriculture sénégalaise. Anta Babacar Ngom plaide pour le passage d’une logique de campagne agricole à celle d’une « véritable puissance agricole multisaison ». Elle place l’exploitation familiale au cœur de cette transformation, avec la maîtrise de l’eau, l’accès au crédit, à l’assurance, aux semences performantes et à la mécanisation.
Cette agriculture familiale devrait ensuite être connectée à l’agrobusiness à travers les coopératives, les contrats de production, le stockage, la transformation et les circuits de commercialisation. Même logique pour la pêche. La présidente de l’Arc appelle à mieux protéger la ressource à travers la connaissance scientifique des stocks, la transparence dans l’attribution des licences, la lutte contre la pêche illégale et le respect des périodes de repos biologique.
Mais la protection de la ressource doit aller de pair avec la création de valeur. Aquaculture, modernisation des débarcadères, chaîne du froid, transformation et logistique sont présentées comme des leviers permettant aux pêcheurs de mieux vivre de leur activité et au Sénégal de mieux valoriser ses ressources.
Le tourisme est également intégré à cette stratégie. Anta Babacar Ngom veut sortir d’une conception limitée au tourisme balnéaire pour développer une véritable économie territoriale fondée sur les patrimoines culturel, religieux, mémoriel et écologique, mais aussi sur la gastronomie et le tourisme d’affaires.
L’artisanat, enfin, est présenté comme un « véritable gisement d’entreprises, d’emplois et d’exportations ». Formalisation, financement, équipements, certification, design, numérique et accès à la commande publique doivent, selon elle, permettre aux artisans sénégalais de changer d’échelle.
 
 
 
Faire de la transformation locale un impératif
 
 
 
Pour Anta Babacar Ngom, toutes ces filières doivent converger vers un même objectif : l’industrialisation. « Notre défi n’est plus seulement d’extraire ou de produire : il est de transformer ici ce que nous produisons ici », a-t-elle soutenu.
La présidente de l’Arc réclame à ce titre une énergie disponible et compétitive, des zones industrielles fonctionnelles, une logistique performante, des financements de long terme et une fiscalité stable. Les ressources pétrolières, gazières, agricoles, halieutiques et minières ne doivent pas, selon elle, devenir de simples rentes. Elles doivent servir de matières premières à l’industrialisation du pays.
Le numérique constitue le dernier maillon de cette vision. Anta Babacar Ngom considère qu’il ne doit plus être traité comme un secteur isolé, mais comme une infrastructure transversale touchant la finance, l’agriculture, la santé, l’éducation, l’industrie et l’administration. Elle préconise notamment de renforcer la connectivité, la cybersécurité et la protection des données, tout en facilitant l’accès des startups au capital, à la commande publique et aux marchés.
 
 
 
Dette, déficit et crédibilité financière
 
 
 
L’Arc entend également parler de finances publiques. Anta Babacar Ngom assume un « langage de vérité, de discipline et de responsabilité ». Elle préconise la maîtrise du déficit budgétaire, le contrôle de la dette, le rétablissement de la crédibilité financière du Sénégal et l’amélioration progressive de sa notation souveraine. Mais cette rigueur, précise-t-elle, ne doit pas se traduire par un abandon des populations vulnérables.
Elle défend des subventions mieux ciblées sur les produits de première nécessité et, lorsque cela est nécessaire, des aides directes aux ménages les plus fragiles. « Nous devons protéger sans mentir, soutenir sans compromettre l’avenir et réformer sans brutaliser », a-t-elle résumé.
 
 
 
L’énergie comme enjeu de souveraineté
 
 
 
Sur le front énergétique, Anta Babacar Ngom veut utiliser les ressources pétrolières et gazières du Sénégal comme un levier de transformation productive. Elle cite notamment le « Gas-to-Power », qui doit selon elle contribuer à fournir une énergie plus abondante, fiable et compétitive.
Cette politique devrait être complétée par le solaire et l’éolien afin de construire un mix énergétique diversifié. « Sans énergie maîtrisée, il n’y a ni industrie, ni compétitivité, ni souveraineté économique », a-t-elle affirmé.
 
 
 
Le capital humain au cœur de la transformation
 
 
 
Au-delà des infrastructures et des ressources naturelles, Anta Babacar Ngom place l’humain au sommet des priorités. La formation, la santé et l’adéquation entre l’école et les besoins de l’économie doivent être renforcées. L’objectif, selon elle, ne doit pas être simplement de produire davantage de diplômes, mais « davantage de compétences, de talents et de destins ».
La bonne gouvernance constitue, dans cette architecture, un préalable. Justice crédible, administration efficace, fiscalité prévisible, transparence de la commande publique, reddition des comptes et lutte contre la corruption sont présentées comme les fondations de la confiance et du développement.
 
 
 
« Nous ne sommes pas dans l’opposition au Sénégal »
 
 
 
Dans le contexte politique actuel, Anta Babacar Ngom a également voulu préciser la ligne de conduite de son parti. « Nous sommes dans l’opposition. Nous l’assumons. Mais nous ne sommes pas dans l’opposition au Sénégal », a-t-elle déclaré.
L’Arc refuse ainsi, selon sa présidente, la logique de l’affrontement permanent. Une bonne décision prise par le pouvoir doit pouvoir être soutenue ; une mauvaise doit être combattue. Et surtout, une bonne idée ne doit pas être rejetée simplement parce qu’elle vient du camp adverse. « La vérité n’a pas de parti. L’intérêt national non plus », a-t-elle insisté.
Un positionnement qui vise manifestement à installer l’Arc dans une opposition de proposition plutôt que dans une opposition systématique.
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
LES ECHOS

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