AFFAIRE STARLINK : Sonatel, Expresso et Yas accusent l’État de crime économique en ne réclamant pas de ticket d’entrée de 30 milliards à Starlink




 
 
La Coordination des syndicats des opérateurs de télécoms est très remontée contre l’Etat du Sénégal, qui n’a pas su tirer profit de l’entrée de Starlink dans le marché des télécoms en tant que fournisseur d’accès internet. Selon les syndicalistes, qui faisait face à la presse, l’Etat a commis un crime économique en ne réclamant pas un ticket d’entrée de 30 milliards au minimum. En effet, ils considèrent que Starlink est venu pour faire de l’argent en utilisant des fréquences qui sont des ressources rares qui appartiennent à l'État.
 
 
L’entrée de Starlink dans le marché des télécoms sénégalais en qualité de Fournisseur d’Accès Internet (Fai) continue de faire des vagues. Hier, les responsables de la Coordination des syndicats des opérateurs de télécommunications (Syts, Sntpt, Sonatel, Snts, Expresso) ont fait face à la presse pour dénoncer cette autorisation d’exploitation. Selon le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de Sonatel (Syts) Mouhamadou Lamine Badji, Starlink ne doit pas être soumis à un régime d’autorisation réservé pour les Fai de petite taille qui peinaient à atteindre 1000 abonnés. Ainsi pour leur licence l’Etat réclamait 100 millions. A l’en croire, Starlink est un nouvel acteur aux caractéristiques hybrides qui a sa propre infrastructure et ne dépend pas des opérateurs. «Starlink est un opérateur hybride qu'on ne peut loger au même niveau que les Fai qui sont de petites sociétés appartenant pour l'essentiel à des Sénégalais et qui embauchent des Sénégalais. Le fait de vouloir étendre ce régime à Starlink n'est rien d'autre qu'un manque de vision stratégique pour l'État du Sénégal et un manque de patriotisme. Rien n'empêche l'autorité de réviser le Code des communications électroniques pour prendre en considération ce nouvel entrant pour qu'il soit mis au même niveau que les opérateurs, parce qu'il va compétir et il va les concurrencer», explique le syndicaliste de la Sonatel.
 
Starlink vient pour faire de l’argent : 1000 milliards de chiffre d’affaires en 5 ans
 
Poursuivant, le Sg du Syts estime que l’arrivée de Starlink est une perte de revenus pour l’Etat. Revenant sur les propos du ministre de la Communication qui évalue le taux de pénétration de l’internet à 40%, soit 7 millions de Sénégalais qui n’auraient pas accès à internet, le syndicaliste conteste ces chiffres. Même si Starlink trouve un marché de 7 millions de Sénégalais, on considère qu'il n'en gagne que 27% de part de marché. «Il aura à faire sur les 5 ans plus de 1000 milliards de chiffre d'affaires que les Sénégalais vont payer. Donc, Starlink ne vient pas pour faire une œuvre caritative, il vient pour gagner de l'argent. Et, il utilise des fréquences qui sont des ressources rares qui appartiennent à l'État du Sénégal», se désole de constater M. Badji.
Or pour Sonatel, Expresso ou Yas qui utilisent ces mêmes ressources, l’État leur réclame de l’argent s’ils veulent avoir,  par exemple, une fréquence 5G. «Combien Starlink a payé en contrepartie de l'exploitation qu'il aura à faire au Sénégal ? Dès l'instant qu'on est dans un secteur régulé, il faudrait que les normes soient les mêmes pour tout le monde», martèle le syndicaliste qui révèle que Elon Musk dont le patrimoine est 20 fois supérieur au Pib du Sénégal, s’il veut gagner des milliards, il est normal que l’Etat réclame une contrepartie financière comme il la réclame pour les autres opérateurs.
 
L’Etat doit réclamer 30 milliards de ticket d’entrée à Starlink
 
En outre, le syndicaliste de la Sonatel n’a pas manqué de relever que le gouvernement est en train de tomber dans les mêmes travers que durant la découverte de gaz au Sénégal. A cette époque, les autorités devaient changer le Code pétrolier pour attribuer les licences. «C'est le même crime financier que ces nouvelles autorités viennent de commettre sur le dos des Sénégalais. La réforme du Code des communications électroniques s’impose pour l'adapter à la réalité des opérateurs satellitaires. Ce qui n’est pas encore le cas. Nous estimons aujourd'hui qu'au minimum, Starlink devait payer 30 milliards de francs Cfa pour son autorisation», indique le syndicaliste, persuadé que l’Etat du Sénégal vient de commettre un crime économique en ne réclamant pas un ticket d’entrée. «Sonatel a payé pour sa 4G et le renouvellement de sa concession 100 milliards de francs Cfa et payé 34,5 milliards francs Cfa pour la 5G. A l'époque, Free avait payé 27 milliards de francs pour sa 4G et 13,5 milliards pour l'acquisition de la 5G. Expresso a dû payer 5 milliards pour l'acquisition de sa 5G. Alors, n'est-il pas normal que Starlink paye des dizaines de milliards de francs Cfa pour son autorisation ?», tranche le syndicaliste.
 
M. CISS
 
 
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