Le conseiller juridique de Lansar Auto, entouré de plusieurs soutiens à Mahmadane Sarr, a fait face à la presse hier pour mettre en cause la gestion de 88 véhicules saisis par l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac), la ventes aux enchères, les 27 véhicules attribués à la Primature, dix véhicules dont les immatriculations interrogent, le régime juridique de la saisie mais aussi la durée des détentions : Gorgui Dia et Cie réclament ainsi des explications et interpellent directement les autorités judiciaires.
Le dossier Lansar Auto connaît un nouveau développement. Face à la presse, Gorgui Dia, conseiller juridique de l’entreprise, Babacar Ba, Forum du justiciable et d’autres soutiens de Mahmadane Sarr ont livré une série d’éléments issus, selon eux, des investigations menées par Lansar Auto sur le devenir des véhicules saisis par l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac).
Au cœur de l’intervention du conseiller juridique : le sort de 88 véhicules officiellement saisis, les conditions dans lesquelles certains ont été vendus aux enchères, mais également les 27 véhicules attribués à la Primature. À cela s’ajoutent dix véhicules dont Lansar Auto dit avoir retrouvé la trace sous des immatriculations attribuées à des particuliers ou à des sociétés.
Trois ventes aux enchères au centre des interrogations
Gorgui Dia revient d’abord sur les trois opérations de vente aux enchères qu’il attribue à l’Onrac. Selon son décompte, la première vente, organisée le 8 mai 2025, a porté sur 14 véhicules, cédés pour 533,5 millions de F Cfa. Il estime cependant leur valeur à 814 millions de F Cfa. La deuxième opération, tenue le 18 septembre 2025, aurait concerné dix véhicules vendus pour 262 millions de F Cfa, alors que leur valeur serait, selon lui, de 459 millions de F Cfa. Enfin, lors de la troisième vente, le 31 mars 2026, six véhicules auraient été cédés pour 161 millions de F Cfa, contre une valeur que Gorgui Dia évalue à 241 millions de F Cfa.
Au total, 30 véhicules auraient ainsi été vendus au cours de ces trois opérations. Des montants et évaluations avancés par le conseiller juridique, qui demande que les conditions de ces ventes soient davantage documentées.
Mystère autour de dix véhicules
Le décompte présenté par Gorgui Dia ouvre ensuite une autre piste. Sur les 88 véhicules officiellement saisis, il retranche les 30 vendus aux enchères, les 21 véhicules liés à une commande de la Dmta et qui auraient finalement été récupérés par cette structure, ainsi que les 27 véhicules attribués à la Primature. Selon son calcul, dix véhicules restent alors à identifier.
C’est précisément sur ces dix véhicules que les investigations de Lansar Auto auraient, selon lui, permis d’obtenir de nouveaux éléments. « Nous nous sommes rendu compte que ces dix véhicules étaient immatriculés au nom d’une personne physique ou d’une personne morale. C’est ce que nous ne comprenons pas », a expliqué Gorgui Dia, laissant entendre que l’entreprise cherche encore à établir les conditions dans lesquelles ces véhicules ont changé de statut ou d’immatriculation.
Les 27 véhicules de la Primature dans le viseur
Autre volet sensible de la présentation : les 27 véhicules acquis par la Primature. Le conseiller juridique affirme avoir poursuivi les recherches sur leur situation administrative. Selon ses déclarations, 17 véhicules seraient immatriculés sous des plaques administratives, tandis que dix autres apparaîtraient au nom de sociétés ou de particuliers. Il affirme disposer de documents permettant d’étayer ses déclarations, tout en précisant que l’ensemble des pièces ne sera pas rendu public à ce stade.
Babacar Ba : « comment un bien saisi peut-il être vendu à une entité publique ? »
Prenant part à la rencontre, le patron du Forum du justiciable établit d’abord une distinction entre saisie et confiscation. Selon son interprétation, la saisie intervient au cours de la procédure judiciaire, alors que la confiscation suppose une décision judiciaire définitive. Autrement dit, soutient-il, un bien placé sous saisie ne doit pas être assimilé automatiquement à un bien définitivement confisqué et intégré au patrimoine de l’État. « Il y a un régime de saisie et un régime de confiscation. Ce sont deux choses différentes », a-t-il expliqué.
Cette distinction constitue le socle de son interrogation sur les 27 véhicules attribués à la Primature. M. Ba demande notamment dans quelles conditions des biens faisant l’objet d’une saisie ont pu être cédés à une autre entité publique.
Pour ce dernier, la question centrale est celle de l’existence d’une autorisation judiciaire préalable. Il estime que l’Onrac ne pouvait procéder à la vente de biens placés sous saisie sans qu’une décision ou une ordonnance judiciaire ne l’y autorise expressément. « Il faut que le juge nous dise pourquoi il y a eu une ordonnance autorisant la vente », a-t-il soutenu, demandant que soit clarifiée la chaîne des décisions ayant conduit à la cession des véhicules.
Son interrogation porte particulièrement sur le magistrat qui aurait ordonné la saisie. Babacar Ba demande notamment si ce même processus judiciaire a prévu ou autorisé la vente des biens concernés. « Nous ne pouvons pas accepter que des biens saisis soient vendus comme cela », a-t-il martelé, estimant qu’une telle opération, lorsqu’elle concerne deux entités relevant du même appareil d’État, mérite des explications précises.
Pour renforcer son argumentaire, Babacar Ba s’est également référé à la Convention des Nations-Unies contre la corruption. Selon lui, les mécanismes de saisie, de gestion et de recouvrement des avoirs doivent être conduits dans le respect des engagements internationaux du Sénégal. Il rappelle que la Convention prévoit un mécanisme d’examen de sa mise en œuvre par les États parties et estime que la création de l’Onrac s’inscrit dans cette logique. Babacar Ba évoque également plusieurs dispositions du Code de procédure pénale, pour appuyer son analyse du fonctionnement de l’Onrac et du régime applicable aux biens saisis.
Le patron du Forum du justiciable interpelle donc le ministre de la Justice puisque l’Office serait placé sous la tutelle conjointe des ministères de la Justice et des Finances.
Tout en saluant l’action du garde des Sceaux, M. Ba lui demande de se saisir du dossier et de faire vérifier les conditions dans lesquelles les véhicules auraient été vendus ou transférés. Il souhaite notamment que les véhicules appartenant à Lansar Auto puissent être récupérés si les vérifications établissent qu’ils ont été cédés dans des conditions irrégulières. Pour lui, une intervention permettrait également d’éviter que les véhicules concernés ne soient successivement transférés à d’autres propriétaires.
Babacar Ba ne s’est pas limité à dénoncer la vente des véhicules de Dane Sarr, dont la détention pose aussi problème. M. Ba estime que la reddition des comptes qui a permis d’emprisonner M. Sarr n’était qu’un règlement de compte. Ce dernier de donner l’exemple des nombreuses personnalités arrêtées puis remises en liberté provisoire
Les soutiens du patron de Lansar Auto qui se gardent de révéler tous les éléments de leurs investigations, annoncent, par ailleurs, que d’autres éléments pourraient être communiqués au fur et à mesure de l’avancement des investigations menées par l’entreprise.
Nd. Kh. D. F