Le Premier président de la Cour suprême, président de la Haute Cour de Justice, a joint au fond, hier, la demande préalable formulée par les avocats d’Ismaïla Madior Fall, qui sollicitaient la mainlevée du port du bracelet électronique. Avant même que le président n’attaque le fond, Me Ciré Clédor Ly demande encore la parole pour solliciter cette fois-ci, le renvoi de l’affaire. «Nous demandons un délai plus raisonnable pour nous préparer. Juste à une semaine. Il nous faut nous préparer. Nous n’avons pas pu le faire avec notre client», sollicite humblement la robe noire.
Me Mbaye Gueye : «Ismaïla Madior Fall est particulièrement affecté par cette procédure»
Me Mbaye Gueye de renchérir : «Ismaïla Madior Fall est particulièrement affecté par cette procédure. Vous ne jugez pas un délinquant, mais un professeur de droit. Il continue de donner des cours de droit. Cet homme a plafonné. C’est aujourd’hui l’un des plus éminents professeurs de droit en Afrique. Vous jugez quelqu’un qui ne comprend même pas ce qui lui arrive. Nous avons besoin de préparer notre client. Nous avons besoin de lui parler. Il ne faut pas précipiter le jugement de Ismaïla Madior Fall». L’avocat d’ajouter qu’il y a ses confrères qui sont constitués et qui sont absents.
Le Parquet général s’oppose
«Je m’étonne de cette démarche un peu singulière, affirme le Procureur général, à l’entame de ses observations. Selon lui la demande de renvoi devait être faite bien avant. Pour lui, les avocats ont eu assez de temps pour s’imprégner du dossier. Mieux, ils ont fait deux mémoires, ce qui veut dire qu’ils connaissent bien le dossier. « La demande de renvoi est arrivé trop tard», dira-t-il. A l’endroit de l’ancien ministre et de ses avocats, Jean Louis Paul Toupane précise : «ce texte est de 2002. Cela fait 24 ans que cela existe». Le Procureur général a également fait état de la reprise des vacances judiciaires qui démarrent le 1er août.
Loin d’abandonner, la défense de renchérir à travers Me Cheikh Ahmadou Ndiaye : «nous avons besoin d’un peu de temps pour coordonner, pour mieux défendre notre client. Cette demande a un fondement légal mais c’est aussi une courtoisie judiciaire».
Au final, après s’être retiré pour se concerter avec les membres de la Cour, le président a décidé du renvoi à huitaine. L’affaire revient le mardi 28 juillet prochain.
Alassane DRAME
Ismaïla Madior Fall : «c’est mon destin, je l’accepte»
Dans le sillage de la requête formulée par ses avocats, Ismaïla Madior Fall a demandé la parole pour faire des observations et appuyer ses conseils. «Ce qu’on est en train de faire est nouveau ; tout à fait inédit», commence-t-il, avant de poursuivre, «je suis, après Mamadou Dia, le premier à être attrait devant la Haute Cour de Justice. C’est le destin, je l’accepte. Vous allez rendre justice aujourd’hui, sur la base d’une loi qui date de 2002. Elle est désuète. Elle ne respecte pas les normes du double degré…». Le Président l’interpelle pour éviter qu’il n’attaque le fond. Il poursuit : «vous avez raison, mais comme c’est nouveau, comme il y a beaucoup de problèmes, je me joints à mes avocats pour demander le renvoi. Il faut qu’on se familiarise avec les textes. Nous demandons que le jugement se fasse dans la sérénité».
A.D