AFFAIRE DE LA PELOUSE DU STADE ABDOULAYE WADE : Les arguments légers de la Sogip ne convainquent personne




 
Le bijou architectural de Diamniadio refait parler de lui, et pas pour ses performances. Lors des rencontres du tournoi Ufoa A U17 disputées le lundi 7 septembre 2026 au Stade Abdoulaye Wade, spectateurs et téléspectateurs ont découvert, choqués, le piteux état visuel du gazon. Face au tollé suscité sur les réseaux sociaux, la Société de gestion des infrastructures publiques (Sogip SA), dirigée par Dame Mbodj, a publié dès le lendemain un communiqué explicatif.  Une sortie de crise aux arguments bancals qui peine à dissimuler un mal bien plus profond.
 
Dans sa mise au point du 8 septembre 2026, la Sogip plaide la simple "coïncidence malheureuse". Selon la structure, le prestataire chargé de l'entretien de la pelouse avait effectué le samedi 5 septembre des opérations courantes destinées à préserver la qualité, la densité et les performances du gazon, un type d'intervention qui, toujours selon la Sogip, peut temporairement modifier l'aspect visuel d'une pelouse sportive, sans pour autant traduire une dégradation.
Argument central de la défense : au moment où ces travaux ont été engagés, aucune rencontre n'était prévue au stade Abdoulaye-Wade, l'enceinte étant alors mise à la disposition du Cojoj dans le cadre des préparatifs des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. La société affirme n'avoir été informée que le dimanche 6 septembre de la décision d'y délocaliser en urgence les matchs de l'Ufoa A U17, faute d'une autre enceinte homologuée disponible.
Un alibi particulièrement léger pour une structure d'État gérant une enceinte sportive de haut niveau, supposée anticiper la programmation d'événements majeurs et préserver la qualité constante de son terrain.
 
 Genèse d'une pelouse maudite
 
Ce fiasco n'a rien d'une première. Depuis l'inauguration en grande pompe du stade en février 2022, la pelouse hybride "GrassMaster" de Diamniadio dont l'entretien est confié à la société spécialisée Gregori International, est le théâtre de polémiques répétées. Dès juin 2022, à peine quatre mois après l'ouverture, le match Sénégal-Bénin avait déjà révélé des plaques entières de gazon mort et des zones jaunies, jetant une lumière crue sur la fragilité de cette technologie ultra-moderne face au climat local, entre chaleur, poussière saharienne et maîtrise complexe de l'arrosage.
Le chef de l'État d’alors avait pourtant tiré la sonnette d'alarme dès l'inauguration, demandant au gouvernement de proposer un modèle de gestion garantissant une "maintenance adéquate" de l'infrastructure. Une exigence d'autant plus légitime que l'entretien de ce joyau coûte cher. Dame Mbodj évoquait lui-même, dans une précédente sortie médiatique, une enveloppe annuelle pouvant atteindre 800 millions de francs Cfa, une charge financière qu'il invoquait déjà pour refuser d'ouvrir le stade à d'autres disciplines, comme la lutte. Un entretien onéreux, donc, pour une pelouse censée répondre aux normes les plus strictes de la Fifa et de la Caf, mais qui continue, année après année, d'exposer les mêmes fragilités.
 
Une gestion sous pression
 
La récurrence du problème met en lumière des défaillances chroniques dans le suivi et l'expertise technique accordés à cette infrastructure estimée à plus de 150 milliards de francs Cfa. Alors que la Direction générale de la Sogip tente de faire passer cette nouvelle détérioration pour un simple problème de timing institutionnel, les Sénégalais s'interrogent : sous la gestion de Dame Mbodj, la Sogip finira-t-elle par doter le pays d'un terrain digne de ses champions, ou continuera-t-elle de rejeter la faute sur le calendrier ?
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