AFFAIRE DE LA FEMME ÉBOUILLANTÉE A TOUBA THIAROYE : Comment la police a piégé le mari et débusqué la présumée meurtrière fugitive



Il a fallu une dizaine de jours aux hommes de l’ombre du commissaire de police de Thiaroye, Khadidiatou Sall, pour localiser la maison, sise à Yeumbeul Comico route de Boune, où la très recherchée fugitive, présumée meurtrière, Mariama Sall, s’était planquée pour échapper à la justice. Les flics opérant en civil ont auparavant pris en «otage» le mari de la mise en cause, qui a fini par livrer la jeune femme. Mariama Sall, 23 ans, est tombée dans les filets des éléments de la brigade de recherche du commissariat de police de l’arrondissement de Thiaroye, grâce à la précieuse collaboration de son mari avec les flics, qui ont fait preuve de beaucoup de tact et utiliser des stratagèmes pour réussir à piéger l’époux, exerçant le métier de boucher au coin d’une rue à Thiaroye.

L’époux de Mariama rend les clefs de leur chambre en location et «disparaît»

Après avoir versé de la bouillie de riz (Sombi) sur sa colocataire et compatriote guinéenne Khalimatou Diallo, la jeune femme avait pris la clef des champs pour éviter de subir la vindicte de ses voisins de quartier Touba Thiaroye et des parents de la victime. Elle est devenue alors injoignable et introuvable. Son époux, charcutier, pris de panique lui aussi, s’était empressé de fermer leur chambre en location et a rendu les clefs à qui de droit. Il a alors quitté ensuite la maison en catastrophe et disparu dans la nature.

La police appelle le mari et se présente comme un acheteur de viande

Informés, les limiers débarquent dans la maison, constatent de visu les faits et lancent la traque au couple. Ils investissent la communauté guinéenne établie dans le patelin et découvrent les activités professionnelles du mari en fuite. Ils localisent le lieu de commerce de viande de celui-ci dans le quartier et s’y rendent en toute urgence. Mais, hélas, ils trouvent que le bonhomme a fini sa journée de travail et est parti. Mais, en bons flics, ils promènent le regard sur la cantine de charcuterie de fortune du mari et tombent sur son numéro de téléphone portable inscrit quelque part. Ils le câblent aussitôt et se présentent comme un acheteur de viande. Et pour mieux l’appâter, ils jouent sur sa fibre sentimentale, disent être recommandés et vantent ses qualités de service, avant de le supplier de revenir à la cantine. Ce dernier décline cependant l’offre et leur demande de repasser.

Le mari mord à l’hameçon, se fait coincer et livre sa belle-sœur aux flics

C’est ainsi que les policiers en civil retournent le lendemain au lieu de travail du mari boucher, le trouvent sur place et l’interpellent. Celui-ci sait qu’il est piégé et commence à cafouiller. Il affirme tout de go, sans qu’on l’interroge, ignorer le lieu de planque de sa fugitive d’épouse présumée meurtrière. Les policiers ne croient un traître mot à ses allégations, l’acculent de questions et menacent de l’arrêter pour recel de malfaiteur. Le mari prend peur, ravale ses allégations et indique la maison de la sœur de son épouse aux flics. Qui se présentent chez celle-ci dans la soirée du samedi 16 mai dernier et l’interpellent sur la destination de sa frangine Mariama Sall, sous peine d’être poursuivie aussi pour recel de malfaiteur.

Mariama surprise en plein dîner

La jeune femme craque et accepte de collaborer. Elle embarque à bord du véhicule des agents de terrain et conduit ceux-ci au lieu de planque de sa sœur fugitive ; une lointaine maison nichée au cœur des labyrinthes d’un populeux quartier à Yeumbeul Comico, sis à la route de Boune. Les policiers font irruption dans la concession, déclinent leur profession et surprennent la mise en cause en train de dîner. Ils l’identifient aussitôt parmi d’autres membres de la maison autour du bol de repas du soir, l’appréhendent et lui passent la paire de menottes. Ils la conduisent au commissariat de police et la livrent aux enquêteurs.

Mariama déférée hier

Mariama Sall a été déférée, hier, au parquet du Tribunal de grande instance de Pikine/Guédiawaye par la police de Thiaroye pour coups et blessures volontaires (Cbv) avec un certificat médical de 30 jours d’incapacité temporaire de travail (Itt) devenus homicide involontaire par ébouillantement avec de la bouillie de riz (sombi).

Vieux Père NDIAYE

Mariama Sall déroule le film de l’horreur et charge la défunte

Appréhendée dans la soirée du samedi 16 mai dernier, Mariama Sall a été soumise au feu roulant des questions des enquêteurs du commissariat de l’arrondissement de Thiaroye. Ainsi, face aux flics, elle a livré sa version des faits et expliqué le récit de la tragédie. «Nous préparions toutes les deux le repas du soir pour le ‘’ndogu’’ dans la cuisine commune de la maison. On s’est cogné au seuil de la porte au moment d’entrer. Nous portions respectivement nos enfants dans le dos. On a posé nos enfants au sol ; une vive prise de bec a éclaté. Nous avons échangé des propos désobligeants. Elle m’a versé la bouillante soupe de pomme de terre qu’elle préparait. Et par souci de vengeance, je me suis emparée de la marmite contenant de la bouillie de riz (sombi) et je lui ai versé ça dans le dos. Prise de peur, j’ai quitté précipitamment la maison pour aller me réfugier chez une parente domiciliée à Yeumbeul Comico route de Boune», a soutenu, avant-hier, la vendeuse de légumes devant les policiers.

La mise en cause ne présente aucune brûlure apparente

A l’examen du corps de la présumée meurtrière, signalent nos sources, aucune brûlure ou trace de brûlure n’a été constatée ; ce qui conforte les enquêteurs dans la thèse de mensonge brandie par la mise en cause dans la narration des faits, histoire d’agiter l’excuse de provocation ou de vengeance contre la défunte. Mère de deux enfants dont un de 11 mois, Mariama confirme ses relations de voisinage très heurtées avec sa compatriote guinéenne Khalimatou Diallo. «Un jour, une parente de la mise en cause, venant de la Guinée, avait eu une dispute avec la défunte autour des cordes à linge appartenant à celle-ci. Des voisins sont intervenus et ont donné raison à la défunte. Mais, de retour de son lieu de commerce de légumes, Mariama, informée par son hôte, a eu des mots très durs à l’encontre de Khalimatou. Il y a eu des précédents entre les deux femmes mariées», ont fait remarquer nos interlocuteurs.

V. P. NDIAYE
LES ECHOS

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