Dans une déclaration publique au vitriol, la conseillère municipale à la Ville de Dakar, Aminatou Fall, réplique vertement aux accusations de Khalifa Sall concernant l'élection d'Abass Fall à la tête de la capitale. Entre rappels historiques, bilan contesté et accusations d’opportunisme, l'élue remet en cause la posture du leader de Taxawu Sénégal.
La riposte ne s'est pas fait attendre. Suite au passage de Khalifa Sall sur le plateau de 7Tv, où l'ancien maire de Dakar laissait entendre que l'élection d'Abass Fall aurait été rendue possible grâce à des moyens financiers colossaux engagés par le Pastef. En réplique, la conseillère municipale Aminatou Fall est montée au créneau pour rétablir «la vérité des faits».
Le parallèle historique et le respect du vote républicain
Pour contrer l'argument d'un prétendu achat de conscience fondé sur le faible nombre initial de conseillers du Pastef, Aminatou Fall renvoie l'ancien maire à ses propres succès passés. Elle rappelle qu'en 2014, Khalifa Sall avait été élu «avec 98 voix sur 100 conseillers», s'interrogeant sur la manière dont ce score avait été obtenu à l'époque alors qu’il n’avait pas autant de partisans. L'élue, qui était membre du Parti démocratique sénégalais (Pds) à l’époque, martèle la souveraineté de son choix : «en 2014, j’ai voté pour vous, Monsieur Sall, parce que je lisais dans le choix des Dakarois une aspiration légitime. En 2025, j’ai voté pour Abass Fall, parce que je suis convaincue que les Dakarois ont massivement choisi la liste Yewwi Askan Wi en 2022. Mon vote est un acte républicain, un acte assumé, et je ne permets à personne de le réduire à une transaction mercantile.»
Un bilan financier lourd pour peu de réalisations structurantes
Au-delà de la joute électorale, la conseillère s'en prend à l'absence de Taxawu Sénégal sur le terrain lors de la dernière campagne et dresse un réquisitoire sévère contre la gestion passée de la ville. Elle souligne qu'en «presque 13 ans de budget géré directement ou par votre poulain», soit «plus de 500 milliards de francs Cfa», les retombées concrètes restent minimes : «hormis le pavage de certaines rues et le programme "lait à l’école", peut-on citer une réalisation structurante, un équipement majeur ou une politique innovante qui a transformé le quotidien des Dakarois ? Vos mandats resteront dans les annales comme les plus pauvres en réalisations, malgré des moyens colossaux.»
Silence passé et opportunisme politique pointés du doigt
Enfin, Aminatou Fall s'étonne de la réapparition médiatique soudaine du leader politique, qualifiant sa retenue passée de «silence opportuniste». Elle remet ouvertement en question cette audace retrouvée : «pendant deux longues années, vous êtes resté dans une réserve étonnante, absent du débat public... Aujourd’hui, Ousmane Sonko a quitté le gouvernement, et voilà que vous retrouvez soudainement votre verve et votre audace.» Rejetant toute suspicion sur les élus actuels, elle conclut : «nous avons les mains propres, nos consciences sont pures, et nous ne tolérerons pas que l’on insinue que notre engagement a été acheté.» Elle invite ainsi Khalifa Sall à «accepter cette défaite avec la hauteur qui sied à un homme politique» pour privilégier l'intérêt supérieur de la capitale.
Samba THIAM