ACCUSANT LE GOUVERNEMENT DE “MÉPRIS ET D’ARBITRAIRE” And Gueusseum déclenche son huitième plan d’action




 
 
 
L’Alliance des syndicats autonomes de la santé (Asas) And Gueusseum franchit un nouveau cap dans l’escalade sociale. Face à ce qu’elle qualifie de « manœuvres dilatoires » et de « pourrissement du conflit » par l’État, la coalition syndicale annonce un huitième plan d’action marqué par des grèves perlées de 48 heures chaque semaine au mois de mars, des assemblées générales départementales et un boycott systématique des activités administratives.
 
Réunie le 28 février pour évaluer la situation, And Gueusseum a décidé d’intensifier la lutte. Pour ses responsables, la stratégie gouvernementale serait claire : « laisser s’installer l’usure, jouer la montre et tenter de démobiliser les agents par des ponctions sur salaires », lit-on dans le communiqué rendu public.
En réponse, le mot d’ordre est sans ambiguïté, grèves perlées hebdomadaires de 48 heures durant le mois de mars « les 5 et 6, 12 et 13, 26 et 27 accompagnées d’assemblées générales départementales du 1er au 30 mars et du boycott de toutes les réunions de coordination, de staff, de supervision et d’ateliers de formation du 12 au 30 mars. Une évaluation générale est annoncée pour le 31 mars annonce la coalition syndicale.
 
 
 
Des ponctions salariales jugées “illégales et punitives”
 
Au cœur de la colère syndicale les retenues sur salaires opérées à la suite des grèves. L’organisation estime que « ces ponctions sont non seulement injustifiées, mais contraires à une jurisprudence qui considère que lorsque la cause du conflit est imputable à l’employeur, la retenue devient contestable », brandissent-ils comme preuve. Ainsi, les responsables dénoncent des pratiques « à géométrie variable, exagérées et assimilables à des sanctions punitives ». Ils rappellent qu’«en 2018, malgré dix-sept plans d’actions successifs, aucune ponction n’avait été opérée. Au contraire, cette période avait débouché sur des avancées majeures », rappelle le communiqué parcouru.
 
 
 
Le précédent de 2018 en contre-exemple
 
Pour illustrer leur propos, les syndicalistes évoquent la signature de neuf décrets relatifs à la mise en œuvre de la Fonction publique locale, « la promesse concrétisée le 5 mai 2019 du décret de relèvement de niveau des Techniciens supérieurs de santé avec création de nouveaux corps, la révision des plans de carrière, le reversement des contractuels du Programme-Jica dans le Pndss, ainsi que l’intégration de 600 agents contractuels dans la Fonction publique nationale ». À cela s’ajoutaient, communique le texte, « l’organisation de concertations sur les urgences hospitalières et l’ouverture de négociations sur les questions à incidence financière, ayant abouti aux protocoles des 25 avril et 10 mai 2022 ». Autant de précédents que le syndicat brandit comme preuves qu’un dialogue franc peut produire des résultats concrets, sans confrontation stérile.
 
 
 
Un « coup de poignard » au ministère
 
And Gueusseum ne cache pas son amertume vis-à-vis du ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Ibrahima Sy. L’organisation parle d’un « coup de poignard dans le dos », rappelant avoir accompagné le ministère dans des moments critiques. Elle cite notamment la remise de données sanitaires et sociales jugées stratégiques, conservées durant trois ans, et transmises à la suite d’une demande solennelle formulée le 6 janvier 2025 à Ziguinchor par le ministre lui-même, qui reconnaissait alors la gravité de la situation socio-sanitaire. Le syndicat met également en avant son engagement dans les campagnes internationales de vaccination contre la rougeole, la rubéole et les maladies tropicales négligées, avec des taux de couverture supérieurs à 99%. Autant d’efforts qui, selon lui, ne trouvent aujourd’hui aucune reconnaissance.
 
 
 
Silence au sommet de l’Etat
 
Les griefs d’And Gueusseum ne s’arrêtent pas au ministère sectoriel. L’organisation affirme avoir adressé un manifeste et plusieurs motions au président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, sans recevoir le moindre accusé de réception. Pour les responsables syndicaux, « ce silence traduit un déficit d’écoute au sommet de l’État ». Ils estiment que « les limites institutionnelles ou financières évoquées ne sauraient justifier l’inaction face à ce qu’ils appellent le passif social », source de conflits récurrents et périlleux.
La santé et l’action sociale constituent des secteurs vitaux. En annonçant « des grèves sans service minimum, tout en maintenant le respect des urgences », And Gueusseum envoie un signal fort. Le syndicat affirme agir dans le strict cadre légal, mais assume pleinement la pression exercée sur l’appareil sanitaire. Pour ses dirigeants, la responsabilité de toute perturbation incombera au gouvernement, accusé d’avoir choisi la voie du mépris et du chantage plutôt que celle du dialogue.
 
 
 
Mars sous haute tension
 
Le mois de mars s’annonce donc décisif. Assemblées générales, grèves perlées, boycott des réunions stratégiques. Le huitième plan d’action marque une étape supplémentaire dans la confrontation. And Gueusseum appelle ses membres à « plus d’engagement » malgré les tentatives de démobilisation par les ponctions salariales. Le syndicat affirme que seule une mobilisation massive permettra d’obtenir l’application des accords résiduels et l’apurement du passif social.
 
Baye Modou SARR
 
 
 
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