ACCAPAREMENT DE PLUSIEURS CENTAINES D’HECTARES DE TERRES APPARTENANT A NDIASSANE : Le Khalife des Kounta saisit le président de la République par deux lettres jusque-là sans réponse




 
La spoliation de terres par des tiers ou parfois par des autorités inquiète au plus haut point la cité sainte de Ndiassane. Se sentant victime de ces agissements illégaux, le Khalife général de Ndiassane a adressé deux lettres au président de la République pour l’en informer. Cependant, tout comme la première, la seconde lettre, dont les services de la Présidence ont accusé réception depuis le 23 février dernier, n’a jamais eu de suite. Bassirou Diomaye Faye est-il au courant de ces lettres plaintes dans lesquelles l’autorité religieuse sollicite son intervention ? A coup sûr, la première institution devrait agir rapidement pour éviter un trouble à l’ordre public, comme à Ndingler, pour une affaire qui, au mieux, va devenir un dossier judiciaire.
 
Les litiges fonciers, les juridictions sénégalaises en ont des dossiers à la pelle. Toutes les autorités, religieuses, judiciaires politiques etc, en sont aujourd’hui victimes. Pour éviter des procédures judiciaires et pour le maintien de l’ordre public et surtout éviter un second Ndingler, le Khalife Cheikh Bou Sidy Makhtar Kounta a préféré s’en ouvrir d’abord au président de la République. Dans une lettre adressée à Bassirou Diomaye Faye, le Khalife général de Ndiassane dénonce une «situation illégale et préoccupante concernant les terres de la famille Kounta». L’autorité religieuse, dans le document dont le journal Les Echos détient une copie, se dit préoccupé par une situation «injuste». Il s’agit, mentionne-t-il, de «l’accaparement illégal de terres appartenant historiquement à la famille de Cheikh Bou Kounta fondateur de Ndiassane». Les faits, dit-il, concernent trois localités : à Diouck dans la région de Saint-Louis où, souligne-t-il, «l’île du même nom est légalement la propriété de Cheikh Bou Kounta», avec «acte notarié à l’appui»; dans la région de Dakar «plus de neuf (9) titres fonciers» sont concernés et à Thiaoune, dans la région de Thiès, «sur une superficie de 1098 hectares où des cas graves d’appropriations illégales ont également été constatées, avec la complicité présumée de certains services déconcentrés de l’Etat», lit-on dans la lettre.
L’autorité religieuse de Ndiassane déplore précisément dans ces zones «le morcellement illégal de 450 hectares par la mairie de Saint-Louis ; le morcellement illégal de 350 hectares par la mairie de Gandon ; le morcellement illégal de 400 hectares par la mairie de Chérif Lô ; le morcellement illégal de 200 hectares à Keur Alpha Thiombane, sur la route de Mont-Rolland». Selon le Khalife, ces agissements sont de nature à «compromettre la paix sociale, la mémoire historique et l’équilibre des relations entre l’Etat et les communautés religieuses et coutumières du pays». Ndiassane demande ainsi au chef de l’Etat d’agir au plus vite pour «mettre fin aux expropriations et morcellements en cours» ; «ordonner une enquête administrative impartiale » et « garantir la protection des terres légalement acquises par Cheikh Bou Kounta et ses héritiers». Pour convaincre de ses propos, l’autorité religieuse se dit prête à fournir les documents justificatifs attestant des droits de propriété de sa famille. 
Seulement, depuis que la Présidence de la République a accusé réception de la lettre, -qui est, en fait, la deuxième, puisque la première a été envoyée en septembre dernier- rien n’est fait. Pourtant, il est clair qu’une prompte réaction de la présidence de la République pourrait permettre d’éviter un trouble à l’ordre public comme le cas de Ndingler. Quoi qu’il en soit, une action judiciaire est envisagée. La cité sainte s’en est, d’ailleurs, déjà ouverte à ses avocats.
 
Alassane DRAME
 
LES ECHOS

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