Entendue par les enquêteurs de la Section de recherches de Colobane, la journaliste et patronne du média Publicsn, Aïssatou Diop Fall, a vivement dénoncé ce qu’elle considère comme une procédure instrumentalisée. À sa sortie d’audition, elle a encore directement mis en cause le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’elle accuse d’être à l’origine de ses ennuis judiciaires.
La tension reste vive autour du dossier opposant la journaliste et entrepreneure des médias Aïssatou Diop Fall à la Banque nationale pour le développement économique (Bnde). Convoquée par les enquêteurs de la Section de recherches de la gendarmerie à Colobane, la fondatrice du média Publicsn s’est présentée ce mardi devant les autorités pour répondre aux questions des enquêteurs. À sa sortie d’audition, elle a affirmé avoir pleinement coopéré avec les enquêteurs tout en dénonçant une procédure qu’elle estime injustifiée. « Nous sommes venues (son avocate et elle, Ndlr) à l’heure. Les enquêteurs étaient extrêmement courtois et j’ai répondu à toutes les questions posées », a déclaré la journaliste face à la presse.
Selon elle, l’audition s’est déroulée dans un climat serein et professionnel. À l’issue de l’entretien, les enquêteurs lui auraient simplement demandé de rester à leur disposition dans le cadre de la poursuite des investigations.
Une procédure qu’elle juge « anormale »
Si elle reconnaît la courtoisie des enquêteurs, Aïssatou Diop Fall n’en demeure pas moins convaincue que la procédure engagée contre elle dépasse le simple cadre d’un contentieux bancaire. La journaliste conteste notamment la démarche de la Bnde qui a choisi, selon elle, de porter l’affaire devant le procureur. « La banque Bnde a fait une première dans le monde bancaire en m’emmenant devant le procureur », a-t-elle dénoncé. Selon la patronne de Publicsn, « dans les pratiques bancaires habituelles, les différends liés au remboursement d’un prêt sont généralement traités par des négociations entre la banque et son client ». Elle estime ainsi que ce type de litige devrait relever du tribunal de commerce et non d’une procédure pénale susceptible de conduire à une privation de liberté. « Une banque, quelle que soit la situation, discute avec le client pour payer la dette, mais elle ne l’emmène pas en justice », a-t-elle insisté.
Des accusations directes contre Ousmane Sonko
Au-delà de l’aspect financier du dossier, la journaliste n’a pas hésité à pointer du doigt le Premier ministre, Ousmane Sonko, qu’elle considère comme le véritable instigateur de cette affaire. Elle affirme que les autorités cherchent à faire taire les voix critiques à l’égard du pouvoir. « Tout le monde a entendu le Premier ministre dire qu’ils vont effacer toutes les voix discordantes », a-t-elle déclaré.
A l’en croire, les pressions dont elle se dit victime s’inscrivent dans cette logique de réduction au silence des médias et des acteurs qui expriment des positions critiques. « Ils ont essayé de m’effacer mais ils n’y parviennent toujours pas », a-t-elle lancé. Pour la journaliste, le chef du gouvernement serait devenu « l’adversaire » de ceux qui, comme elle, s’opposent ouvertement à certaines orientations du pouvoir.
« L’alpha et l’oméga de nos problèmes »
Dans une charge particulièrement directe, Aïssatou Diop Fall a estimé que la situation politique actuelle est largement liée au rôle du Premier ministre. « C’est Ousmane Sonko qui devrait quitter la Primature afin que nous puissions enfin respirer », a-t-elle déclaré. La journaliste va plus loin en affirmant que le chef du gouvernement serait au centre des difficultés rencontrées par plusieurs acteurs critiques du régime. « Il est l’alpha et l’oméga de nos problèmes », a-t-elle affirmé. Pour Aïssatou Diop Fall, les poursuites engagées contre elle seraient liées à ses prises de position médiatiques et aux débats qu’elle anime régulièrement dans son émission.
En attendant les suites de l’enquête, la journaliste affirme rester déterminée à poursuivre son combat et à continuer à s’exprimer dans l’espace public.
Fatou DIOP